L’Alsace à la croisée des chemins : Sortir du Grand Est, un saut vers l’avenir ou un repli sur soi ?

Publié le 7 avril 2026 à 16:19

L’Alsace ne s’est jamais résignée. Depuis la réforme territoriale de 2015, une blessure identitaire demeure ouverte. Ce "mariage forcé" au sein du Grand Est a ignoré des siècles d’histoire rhénane et de spécificités juridiques. Aujourd’hui, alors que l’Assemblée nationale se penche à nouveau sur notre destin, l’heure n’est plus aux regrets, mais à une question fondamentale : quel outil institutionnel servira le mieux l’Alsace de demain ?

Historiquement, l’Alsace est ce trait d’union entre les mondes latin et germanique. Terre de Concordat et de droit local, sa singularité ne s’efface pas sous un tampon administratif. Si la création de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) en 2021 fut un compromis de survie, elle pose aujourd'hui un jalon : peut-on se satisfaire d'une étape ou doit-on exiger une cohérence totale ?

 Sortir du Grand Est offre des perspectives séduisantes, tant sur le plan de l'agilité décisionnelle, qui permettrait de piloter directement les transports et l'économie pour les adapter spécifiquement aux enjeux du bassin rhénan, que sur celui de la lisibilité, offrant ainsi à l'Alsace l'opportunité d'incarner une identité forte et cohérente à l'international, là où le concept de « Grand Est » peine encore parfois à s'imposer comme une réalité géographique et culturelle concrète.

Toutefois, la lucidité commande d'interroger les zones d'ombre. Un divorce administratif est un processus complexe et coûteux. Surtout, une question demeure : en nous séparant d'un ensemble plus vaste, ne risquons-nous pas d'affaiblir notre poids politique face à l'État ? La force de frappe financière pour les grands projets d'infrastructure pourrait-elle pâtir d'un périmètre plus restreint ?

Le succès d'une telle transition ne se jouera pas sur la couleur d'un logo. Il résidera dans notre capacité à ne pas ajouter une couche supplémentaire au "mille-feuille" administratif, mais à inventer une structure légère, réactive et dotée de moyens réels.

 Le véritable piège serait de transformer cette volonté d'autonomie en un repli identitaire. Si l’Alsace sort du Grand Est pour "se regarder le nombril", elle échouera. Le projet ne peut être qu'une Alsace ouverte, faisant de Strasbourg une capitale européenne plus influente et de notre région un laboratoire de la transition écologique.

La première transition sortie du Grand Est n’est pas une fin en soi, c’est un outil. Reste à savoir si nous sommes prêts à l'utiliser non pas pour construire un bastion, mais pour devenir un phare.

Le débat est ouvert : s'agit-il d'une quête de nostalgie ou d'une exigence d'avenir ?

Par Mohamed SYLLA, Acteur politique engagé à Strasbourg !

 

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